🌿 Carolus Clusius à Leiden : le jardinier de la Renaissance
- leclercpaysage

- 2 août
- 3 min de lecture

Introduction
À la fin du XVIe siècle, un homme fait fleurir la science dans un petit jardin des Pays-Bas. Son nom ? Carolus Clusius, né Charles de l’Écluse.
Ce botaniste flamand, érudit et curieux du monde vivant, joue un rôle clé dans la naissance de la botanique moderne en Europe.
À Leiden, il crée l’un des premiers jardins botaniques scientifiques, véritable laboratoire vivant. C’est aussi par lui que la tulipe arrive aux Pays-Bas, début d’une aventure horticole et économique unique.
Qui était Carolus Clusius ?

Je suis Anthony Leclerc, jardinier paysagiste passionné par l’histoire du végétal.
Si je te parle aujourd’hui de Clusius, c’est parce qu’il incarne une figure majeure de la transition entre les jardins médiévaux et la science des plantes moderne.
Né en 1526 à Arras, Clusius n’est pas seulement un botaniste : c’est aussi un linguiste, un traducteur, un collecteur et un voyageur.
Il parcourt l’Europe, observe les plantes, les dessine, les classe, les décrit. Il entretient une immense correspondance avec les naturalistes de son époque.
Mais c’est à Leyde (Leiden), en 1593, qu’il laisse son empreinte la plus durable.
1. Le jardin botanique de Leyde
À son arrivée à l’université de Leyde, Clusius est chargé de créer un hortus academicus, un jardin d’étude pour les étudiants en médecine et en sciences naturelles. Il y installe des plantes venues du monde entier, qu’il reçoit via les marins, commerçants et explorateurs néerlandais.
Clusius conçoit ce jardin comme un lieu de savoir vivant :
les plantes y sont étiquetées et organisées méthodiquement ;
les étudiants apprennent à observer, toucher, comparer ;
des plantes médicinales y poussent à côté de plantes exotiques (bananiers, tabac, aloès, etc.).
Ce jardin devient un modèle pour de nombreux autres en Europe.
2. Clusius et la tulipe
La grande légende de Clusius, c’est la tulipe. Originaire des montagnes d’Asie centrale, cette plante voyage jusqu’à Constantinople (Istanbul), puis en Europe via des échanges diplomatiques.
Clusius plante ses premières tulipes vers 1594 à Leyde. Fasciné par leur diversité, il commence à en collectionner les formes. Mais très vite, des voleurs viennent la nuit pour voler les bulbes : la tulipe devient objet de convoitise. C’est le début de ce qu’on appellera plus tard la “tulipomanie”, cette bulle spéculative où un bulbe pouvait valoir le prix d’une maison.
Clusius, lui, n’a jamais spéculé. Il reste un scientifique, observateur avant tout.
3. Un précurseur de la botanique moderne
Clusius, c’est aussi un auteur rigoureux et influent. Il publie en latin de grandes synthèses botaniques illustrées, comme :
Rariorum plantarum historia (1601)
Rariorum aliquot stirpium per Hispanias observatarum historia (1576)
Il introduit et décrit pour la première fois en Europe de nombreuses plantes :
le topinambour
la fritillaire impériale
la marrube
la plante de tabac
Son travail repose sur l’observation directe, une révolution par rapport aux méthodes anciennes qui citaient les textes d’Aristote ou Dioscoride sans jamais toucher une plante.
Conclusion
Clusius me fascine, car il incarne la rencontre entre l’érudition et la main dans la terre.
Il ne se contente pas de savoir, il cultive. Il observe, il échange, il dessine, il écrit. Son jardin de Leyde n’est pas qu’un décor : c’est un espace de pensée, un lieu où l’on apprend à regarder le vivant.
Dans une époque où la biodiversité est menacée et la relation au végétal souvent coupée, se souvenir de Clusius, c’est réhabiliter l’art d’observer, de nommer, de transmettre.
Et peut-être aussi, de s’émerveiller.



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